Bavardage sur le Tout en particulier et le Rien en général. Psittacisme sur Ce qui est. Textes , vidéos; citations, images sur la non-dualité (advaita védanta, shivaisme du Cachemire, soufisme, dzogchen, zen, chan, mystique chrétienne, néo advaita, éveillés sauvages, spiritualité laïque non-duelle,...)
Interlocuteur: Certains maîtres disent qu'il n'y a rien que l'on puisse faire pour être illuminé ou éveillé, qu'il n'y a pas de choix ni aucune personne qui fasse de choix. Est-ce vrai ?
Mooji: En entendant cela, quelle était votre réaction ?
Q: En fait, j'étais partagé. Je le ressentais comme quelque chose de profondément libérateur, simple et naturel, suivi d'un sentiment de réelle frustration et de colère. Honnêtement, je me suis senti assez irrité et oppressé par l'idée de n'avoir aucun libre-arbitre. C'était très étrange.
M: Laquelle de ces deux réactions vous est restée le plus fortement ?
Q: Eh bien, comme je viens de le dire : au début le sentiment de liberté était fort, beau et épanouissant, mais de courte durée, tandis que la frustration, le doute et la confusion ont été plus persistants.
M: Et ces sentiments vous ont ramené au satsang, n'est-ce pas ?
Q: En quelque sorte. En fait, je n'ai pas l'impression d'avoir pris la décision de venir ici. C'est comme si une force m'y avait attiré. Quand je suis ici avec vous tout va bien, vos paroles et votre présence me confortent dans cette vérité. Le problème commence quand je suis à l'extérieur, dans le monde. Je me sens faible, inattentif et il me manque la conviction que je ressens maintenant. J'ai besoin d'aide.
M: Merci. L'affirmation importante est « j'ai besoin d'aide ». Il est sage de chercher de l'aide, jusqu'à ce que l'on dépasse le besoin d'être aidé. Contrairement à l'arrogance qui prétend : « il n'y a personne à aider, ni "je", ni "tu". Personne n'existe, hormis ce qui Est », ce qui, bien que vrai dans la bouche du sage, demeure complètement faux prononcé par l'ego-mental, l'ego qui provient de l'intellect et se fait passer pour une sorte de héros spirituel. Cette compréhension ne peut être greffée sur le mental ego-centré, car la véritable compréhension dissout le moi qui cherche. Il ne reste plus personne pour revendiquer la liberté comme un accomplissement. L'unité seule existe, se manifestant comme conscience et à travers la conscience, s'exprimant comme le jeu cosmique. C'est la conscience qui s'exprime, jouant le rôle de l'humble chercheur et qui finalement, par la grâce, atteint la compréhension ultime, se réalisant ainsi comme l'être-conscience (awareness) impersonnel. Le fait que vous cherchiez de l'aide ouvre les vannes de la grâce qui se manifeste sous la forme d'un « maître », qui est le reflet de votre véritable moi, qui fait autorité et dont la présence est une aide, ramenant le mental extériorisé à sa source, le coeur, entraînant une compréhension définitive. Cette grâce vient de votre propre Soi et est votre Soi. Vous avez entendu dire : « nous sommes appelés par notre propre Soi », et néanmoins tout cela a lieu comme un simple jeu dans la conscience. L'Absolu, l'Être réel, le Sat Guru intérieur n'en tire pas profit ni ne subit aucun changement ; il demeure l'arrière-plan, le substrat inaltérable. Ceci est la vérité.
Q: Qu'on me le rappelle est une joie, à nouveau ; peut-être est-ce là l'attrait du satsang. Mais je dois dire que je me sens encore un peu embrouillé, confus à propos de...
M: Non ! Arrêtez-vous là. En réalité, « vous », ce que vous êtes véritablement, ne peut pas être confus. La confusion est un état d'esprit. Ne serait-il pas plus juste de dire que vous ressentez ou remarquez la confusion apparaître en vous ? Et que le sentiment de confusion ainsi que le sentiment d'aise sont perçus par vous, y compris leurs effets sur le corps, les pensées qui s'en suivent et les jugements qui les accompagnent ? Que ce sont des états qui vont et qui viennent en présence d'un arrière-plan d'intelligence impersonnelle, d'observation naturelle ?
Q: Oui, il me semble qu'il y a plus de recul dans cette façon de voir. Ça semble plus détaché et plus vaste, d'une certaine manière.
M: On retourne à votre question de départ ?
Q: Oui, mais j'aimerais que vous parliez plus longuement sur ce point.
M: D'accord. Nous y reviendrons si nécessaire. Dans l'affirmation « Il n'y a rien que vous ni personne d'autre puisse faire pour obtenir "l'illumination" ou "l'éveil" », qui ou quoi entend cela ? Et qui ou quoi est le « vous » de cette affirmation ?
Q: Moi-même ! Ce que je suis.
M: Et qu'est-ce que c'est ? (Pause...) A présent vous avez un regard pensif, ne pensez pas ! Observez !
Q: Mon mental... mon individualité. Mon sens du moi, j'imagine. Mon intellect ?
M: Ne doit-il pas y avoir quelque chose en retrait qui voit le mental, l'individualité, l'intellect ? D'où ces affirmations mêmes surgissent, et qui demeure inaltéré, indifférent au fonctionnement du mental ? Est-ce que ce ne sont pas des phénomènes qui sont observés ? Pouvez-vous le confirmer ?
Q: Oui, (hochant lentement la tête) je peux confirmer que c'est ainsi.
M: Laissant de côté tout phénomène perceptible qui surviendrait, tournez votre attention vers l'observation elle-même. Qu'est-ce qui observe, exactement ? Est une personne, une chose ? Cela a-t-il une forme, une caractéristique, une qualité ? Est-ce quelque chose de personnel ?
Q: Non. Il n'y a là personne. Rien.
M: Êtes-vous là ?
Q: Oui. Non. Je dois l'être. Je suis dedans.
M: Qu'est-ce qui voit ou sait ça ?
Q: Je ne sais pas. Je le sais seulement, mais je ne sais pas comment je le sais. Je n'y suis rien de précis. Je veux dire : sans forme. J'ai à nouveau ce sentiment. C'est ce que j'ai senti, expérimenté la dernière fois.
M: Ne vous accrochez pas à ce sentiment maintenant, laissez-le. N'allez pas dans le passé, restez en retrait. Ne vous identifiez pas, n'y touchez pas. Observez seulement, mais restez neutre, de telle façon que lorsque cette état de joie diminuera, il restera juste cette observation. Vous ne pouvez pas « avoir » ou « devenir » cela. Il n'y a pas de possession, pas d'accomplissement, uniquement des pensées et des sensations qui se présentent spontanément dans la conscience et qui sont perçues. Vous voyez ?
Q: Mais je ne veux pas que ça parte. Pourquoi le repousser ? Je veux rester dans cet état tout le temps. N'est-ce pas le but ?
M: C'est précisément ce que vous devez faire. Si ce n'était pas là avant, ce n'est pas permanent, c'est du domaine du changeant. Ca partira. Laissez-le aller et venir, c'est une chose naturelle, c'est la liberté elle-même. Reconnaissez le « je ne veux pas le repousser » comme étant aussi une pensée, un sentiment qui se présente, qui est observé par quelque chose qui se situe au-delà de ce mouvement de va-et-vient. Soyez un avec cela. Ne chassez rien, restez seulement en tant que conscience (awareness) neutre. C'est tout. Que peut vouloir la conscience ? Que lui manque-t-il ? Que peut-elle gagner ou perdre ?
Q: J'ai eu une absence. Désolé, pouvez-vous répéter ?
M: Qu'est-ce qui observe cette absence ?
Q: (pause...) Moi. Je suis là à nouveau !
M: Et à nouveau, qui ou quoi êtes vous ?
Q: Juste ça. Il n'y a pas de mot pour l'évoquer ou le décrire. Le rien. Le vide.
M: Y a-t-il de la tristesse ?
Q: Non.
M: Joyeux ?
Q: Non.
M: Libre ?
Q: Non. Je n'utiliserais même pas le mot « libre ». (Pause) Pas de mots...
M: Ah ! Très bien ! Bien joué ! C'est ça ! C'est tout, vous avez réussi, excellent, l'exercice est fini. A présent sortez de cela et retournez dans votre état précédent, que nous puissions continuer avec vos questions importantes.
Q: Mmmh... C'est impossible ! Ca n'a plus aucun sens. Sortir et aller où ?
M: Ici !
Q: Il n'y a même plus d'ici !
M: Vraiment ? Et de maintenant ?
Q: Non, plus de maintenant non plus. (Longue pause...) A présent je vois clairement que ce sont seulement des concepts. Il n'y a aucun doute à ce sujet. L'indescriptible est derrière.
M: Cela seul est la liberté, au-delà de tout concept de liberté. L'état naturel et suprême de l'être réel.
(L'interlocuteur semble avoir glissé dans un état méditatif, son visage est immobile, mais serein... Mooji rit tout bas...)
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