Bavardage sur le Tout en particulier et le Rien en général. Psittacisme sur Ce qui est. Textes , vidéos; citations, images sur la non-dualité (advaita védanta, shivaisme du Cachemire, soufisme, dzogchen, zen, chan, mystique chrétienne, néo advaita, éveillés sauvages, spiritualité laïque non-duelle,...)
Nous laisser nous rappeler ce Regard vide de jugements qui est nous-même dans ce nous sans condition, vide d’attentes de résultats, sans demande, pas même celle d’être autrement, pas même celle de nous améliorer.
Nous regarder à travers ce Regard, regarder cette fortification construite par ignorance : nous ne savions pas. Il n’y a pas de critiques à porter sur ce fait : nous ne savions pas. Ce contrôle est notre protection envers nos propres émotions sur lesquelles nous avons surimposé des idées d’inaccessibilité parce que trop de douleurs.
Le contrôle nous ramène au Regard, à cette présence inaltérable qui est nous-même.
Ainsi, il s’agira plutôt, par ce Regard (qui est Écoute et Perception), de découvrir les fabrications mentales dans lesquelles nous vivons. Nous ne sommes plus dans l’écoute pour libérer ou guérir, mais par passion, sans but à la clef. Là, nous n’ajoutons plus de nouvelle carapace, mais par cette écoute nous défaisons, à l’image d’un chantier en démolition.
Nous allons nous rendre compte dans ces temps d’Écoute - qui peuvent se présenter lors d’une pratique - que le chantier ne peut être qu’en démolition. Ces temps d’Écoute progressivement vont apparaître dans la journée, alors que nous sommes avec notre enfant qui n’écoute pas ou notre conjoint qui nous agace. Cela va devenir une sorte de passion, la passion de regarder, d’écouter sans idée, la passion de ressentir.
Nous allons comprendre profondément que nous ne pouvons être qu’en chantier de démolition car nous le voyons maintenant, notre mental recherchera à nouveau par tous les moyens de se sécuriser par des certitudes qui tuent le vivant, la perception. Nous le voyons clairement : ce que le mental construit est voué tôt ou tard à disparaître. Une idée change, un point de vue en fait place à un autre, un jugement sera retourné en son contraire. Là, nous découvrons ce besoin effréné de toujours nous sécuriser par des conclusions.
Nous nous installons dans le fait de regarder. Nous pourrions dire que ce qui regarde en nous demeure, est immobile sans immobilité, silencieux, paisible, présence permanente.
Nous ne ferons plus du tai chi ou de la méditation sans ce que notre intérieur aimerait nous dévoiler de ces doutes, de ces manques de confiance, de sa peur du manque, de sa peur d’être séparé, de son sentiment d’isolement. Non, nous ferons le tai chi avec notre intérieur, avec nos peurs et nos doutes.
L’énergie soulève le bras gauche, nous sentons comment ce bras vit l’abandon à l’énergie. S’abandonne-t-il ? A-t-il peur de s’abandonner ? Serait-ce un soulagement pour lui que de se sentir enfin porté par cette énergie, présence impersonnelle qui ne l’a jamais délaissé ? Nous comprenons alors combien il est essentiel de nous rappeler à nous-même cette autre façon de regarder, afin d’accompagner en nous-même notre corps-psychisme à redécouvrir ce Regard, cette Écoute.
Là, nous nous rendons compte intimement que c’est nous dans ce petit nous, dans ce nous-séparé, qui avons cru et qui croyons encore avoir été abandonné. L’évidence survient, dans l’instant : c’est une histoire à laquelle nous avons adhéré et que nous avons nourrie et entretenue sans même regarder clairement ce qu’il en est réellement.
Chacun de ces moments sera offert à ce rappel : nous n’avons jamais été abandonné par cette Présence en nous impossible à définir. Elle ne nous a jamais quitté. Nous pourrions le dire autrement : nous ne nous sommes jamais quitté. Le lien se crée à nouveau : rien en nous n’est séparé. Et si nous sentons un espace isolé, tout en restant dans cette Écoute libre d’intention, libre d’amener cette partie vers l'Écoute, sans l’idée que nous puissions convaincre cette partie de retourner dans ce nous-Regard aimant, nous laissons à cet espace isolé le temps de découvrir, de se rendre compte par lui-même si c’est son heure, car nous savons que cela ne dépend pas de nous-intention mais uniquement de lui. Nous laissons la liberté à cet espace isolé de se retourner vers ce nous-Regard.
Seul ce Regard non intentionnel, vide d’idées nous ouvre à l’ouverture ; par sa non-action volontaire, et cependant agissant par sa disponibilité libre de mobiles, ces différentes parties en nous s’abandonnent en lui. Il n’y a plus de séparation. »
Hélène Naudy
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